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Derrière les pages de mon passeport

La semaine dernière, je devais absolument renouveler mon passeport, sinon pas de périple à l’extérieur des frontières canadiennes pour les prochains mois. J’avais tellement hâte. J’avais la pire des têtes sur ma photo et à chaque fois qu’un douanier regardait mes pièces d’identité, il semblait vouloir rire de moi ou penser que j’essayais de traverser le pays illégalement.

La dernière fois que j’avais renouvelé mon passeport, j’avais 20 ans. Ça semble si loin et si près à la fois. Je me préparais à un été de liberté dans les contrées européennes avec ma meilleure amie. Nous étions tellement excitées que nous avions commencé un décompte des derniers 180 jours avant notre départ et on cassait les oreilles de pas mal tout le monde avec ça. Nos comptes Facebook regorgeaient de statuts philosophiques (NOT) et de photos colorées des merveilles que nous allions découvrir.

Je m’envolais sans mes parents, sans personne pour me dire quoi faire et à quelle heure me lever. Je partais avec ma meilleure amie vers un été où tout serait permis et où le monde serait notre terrain de jeu. Bref, emballées à l’idée de passer l’été ensemble, nous passions déjà presque toutes nos soirées à planifier notre escapade. Ça faisait donc beaucoup de sens d’aller prendre nos photos de passeport ensemble.

Au printemps 2012, j’arborais une énorme frange en plein milieu de mon visage, je frisais mes cheveux beaucoup trop intensément et j’abusais de la ligne de crayon noir au bas de l’œil. C’était la mode back in the days, mais mettons que ça vieillit pas ben. J’me demande si on va se dire la même chose des chokers, des sourcils épais, des grosses lunettes et du rouge à lèvres mat dans quelques années. Honnêtement, je doute que ça soit aussi désastreux que la mode des années 2000. Less is more, on l’apprend souvent sur le tard.

Bref, depuis le jour 1, j’ai hâte de me débarrasser de cette photo horrible. En 2012, c’était pas si pire, mais depuis les trois dernières années, je fatigue. C’est niaiseux, je sais. Quand est finalement arrivé le jour où je pouvais tenter de me mettre à mon meilleur pour renouveler mon précieux document de voyage, j’ai soudainement été prise d’un moment de nostalgie.

 

Ce vieux passeport-là, c’est avec lui que j’ai réellement commencé à voyager. C’est avec lui que je suis devenue une globe-trotteuse à temps partiel comme j’aime le dire. C’est avec lui que j’ai, tranquillement pas vite, commencer à m’intéresser à autre chose que mon p’tit nombril. Ce passeport, aussi laid soit-il, c’est avec lui que j’ai fait mes premières armes, c’est avec lui que j’ai flirté avec la liberté pour la première fois.

Ce passeport-là, il en a traversé des frontières, qu’elles soient géographiques ou psychologiques. Ce passeport, c’est un symbole des moments qui sont gravés sur une feuille de papier et sur mon imaginaire pour toujours, ces instants qu’on se remémorera encore lors de la dernière heure. Ce passeport, c’est un rappel constant que j’ai vécu et de ce que j’ai vécu. Oui, mes voyages, mais aussi mes ruptures, mes réussites, mes pertes de contrôle et mes échecs. C’est l’itinéraire de qui je suis qui est étampé dans ces pages jaunies avec le temps.

J’avais le choix. Le renouveler pour 5 ans ou pour 10. Dans ma tête, c’était clair. Je ne voulais pas que ce prochain moment de rétrospection ne se produise qu’à mes 35 ans (omg!). Je ne sais pas où je serai ni ce que je ferai exactement dans 5 ans, mais je suis excitée de le découvrir. Je suis emballée de me rappeler ce moment précis, à mes 25 ans, où un monde de possibilités s’offrait à moi. J’ai hâte de me découvrir à nouveau. J’ai hâte de rire de ma prochaine photo et de me dire qu’au bout du compte, j’ai vraiment vécu.

 

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Commentaires

Marie-Joëlle Pratte Bachelière en droit et PR girl, MJ a finalement renoué avec sa passion pour l’écriture et l’édition. Globe-trotteuse à temps partiel, elle rêve de l’Indonésie et de Poudlard!