Je suis… borderline

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Aujourd’hui, Bell tient la journée « Cause pour la cause » dans le but de sensibiliser la population à la maladie mentale. Au nom de cette noble cause et dans le cadre de la Semaine nationale de la prévention du suicide qui approche, je me mets à nu en tant que personne diagnostiquée du trouble borderline.

 

Diagnostic: une personnalité en désordre

Le roman Borderline de Marie-Sissi Labrèche ou le film vous ont probablement initié à ce qu’on appelle maintenant le trouble de personnalité limite dans le DSM-IV. Un trouble malheureusement encore trop méconnu.

En majorité des jeunes femmes (le 3/4 des diagnostics), 2 % de la population mondiale en souffre. Une personne sur dix d’entre nous mettra fin à ses jours. Aucun traitement ciblé et aucune guérison totale n’est possible. Nous pouvons seulement être moins pires avec une psychothérapie et des antidépresseurs (ou des antipsychotiques).

Nous représentons 19% des gens suivis en clinique externe de psychiatrie. On aboutit à l’hôpital à cause d’une crise incontrôlable ou d’une tentative de suicide. Nous sommes renvoyés assez rapidement parce que les médecins ne savent pas quoi faire de nous. Des incurables «pognés» entre la psychose et la névrose. À mi-chemin entre la lucidité et la folie.

Nous avons peur de l’abandon, notre vie affective est instable et nous faisons face à la colère, au sentiment de vide, à l’anxiété, à l’impulsivité, à une distorsion de la réalité et à une perturbation de notre identité. Notre mal être se manifeste sous la forme de comportements suicidaires et autodestructeurs.

 

L’entre-deux mood: le «tout ou rien»

 

 

Nous sommes nus du dedans et nous ne pouvons faire autrement. La transparence est dure à porter. Elle traîne à terre et on pile dessus. Pas de fond, pas de frontière, pas de mur et pas de visière.

Impulsifs et spontanés, nous avons du mal à nous la fermer. Quand on parle, on déborde pis nos mots dégoulinent partout à terre. Des fois, ça fait des taches pis d’autres fois, c’est assez abrasif pour effacer toute la méchanceté du monde. La majorité d’entre nous se réfugient dans les arts quand la vie nous paraît étrangère. Notre langage, c’est l’expression et le ressenti. Nous sommes hypersensibles de nature.

Nous sommes «contaminables» et contagieux, autant dans la joie que dans le calvaire. Les journées où je me sens flotter avec des airs de Chopin dans la tête, j’ai vingt-seize ans et je suis une enfant. La bonté est en 3D, en couleurs, en HD et je la vois partout dans les sourires étrangers. Celle de la caissière à l’épicerie, celle du sans-abri, celle de tous ces gens qui font leur bonhomme de chemin avec courage. Je suis eux, ils sont moi et nous sommes seuls ensemble.

Mais ça ne dure jamais. L’impression de rejet et d’abandon arrive avec un coup de vent de mélancolie.

Le vide se pointe, lourd, sans prévenir après la douce lévitation d’un high. Fait qu’on remplit le trou par tous les moyens avec des excès divers. Alcool, bouffe, drogue, sexe, dépenses sur un coup de tête, conduite dangereuse…

Trop tard. On a pesé sur le piton autodestruction. On doit se décalisser pour faire sortir le trop-plein de peine qui nous ronge de l’intérieur. Pis on se fait mal pour de vrai de toutes les manières jusqu’à parfois tenter d’en finir. Nous sommes au bord du précipice et on rit dans la face du vide. Le monde entier est sur le bord de sacrer le camp en bas, anyways.

Après la crise, c’est la léthargie. On laisse tomber notre enthousiasme et nos obligations quotidiennes. Seulement l’idée de se montrer la face en public nous rend malades. Le monstre exubérant s’est déjà donné en spectacle pis c’est sold out. Il a assez veillé, il a honte et veut se cacher. Ce monstre, c’est notre double polymorphe.

Et puis, on se lave de nos peines et on renait. La joie accouche de nous et on ramasse nos tripes. Le même processus recommence indéfiniment.

Nous sommes sensibles, mais très braves. La plupart de nous l’a eu rough avec un buffet de merdes possibles: abus, violence, traumatismes, manque de confiance, abandon, rejet et épuisement.

Perfectionnistes, l’exigence nous pousse à viser toujours plus haut pour combler l’insatisfaction qu’on a envers nous-mêmes. Sauf que, quand on feel bien, le monde nous appartient et on se sent capables de tout.

Nous avons le besoin de plaire aux gens et nous n’avons jamais assez d’amour. Mais attention! Si vous vous approchez trop, on peut se sentir envahis. Si vous êtes distants, on se sent parfois abandonnés. Notre état sentimental attire les pervers narcissiques: de fins manipulateurs charmants et vampiriques qui tirent notre jus pour se sentir importants à tout prix aux yeux de quelqu’un.

Nous avons besoin de nous identifier à quelque chose parce que la définition de nous-même est floue. On se colle des étiquettes dans le front, on joue aux devinettes et on se dévoile avec un «Shame on me» trempé de larmes ou avec un personnage bien affirmé au sourire exagéré et créé de toutes pièces en guise de façade. Pis après on se défait parce qu’on ne se reconnait pas.

Malgré tous nos travers, nous sommes des personnes colorées et anticonformistes. Nous sommes des amis fidèles et des amoureux passionnés. Notre entourage s’ennuie rarement avec nous: toujours une anecdote cocasse à raconter parmi la pléiade d’événements qui compose notre vie rocambolesque. Nous faisons également preuve de beaucoup d’humilité et d’altruisme.

Nous devons travailler sur nous constamment pour nous apercevoir que notre sensibilité peut nous mener au bonheur plutôt qu’à l’autodestruction. Nous voulons être heureux, rendre heureux et nous sentir acceptés.

Peu de ressources sont à la disposition des gens atteints du trouble de personnalité limite et les recherches doivent être poursuivies en ce sens. Chaque année, la population participe massivement à l’événement «Bell Cause pour la cause». À nous maintenant de faire chaque jour de petits gestes pour sensibiliser les gens à la maladie mentale.

 

Suggestions de films sur le trouble de personnalité limite

 

Borderline (2008)

 

Girl, interrupted (Une vie volée, V.F.) (1999)

 

Pour finir, voici une vidéo comique sur le trouble de personnalité limite:

 

Par Roxane Chouinard
Collaboratrice spontanée

 

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