Je suis une «fausse adulte»

Lorsque j’étais à l’université, j’avais hâte d’arriver sur le marché du travail. Je n’étais plus capable d’entendre parler de travaux et d’étude. Je voulais enfin mettre en pratique ce que j’avais appris sur les bancs d’école et ne plus avoir à endurer les personnes qui lèvent beaucoup trop souvent la main en classe. On va se le dire, le ratio d’étudiants qui font des interventions pertinentes par rapport à ceux qui s’écoutent parler en utilisant des mots dont ils connaissent à peine le sens n’est pas optimal. Bref, il était temps que je dise adieu au milieu universitaire et que j’occupe un emploi intéressant. J’étais loin de me douter que la transition ne se ferait pas aussi facilement que je le pensais.

 

J’ai entamé ma recherche d’emploi la tête remplie d’espoir. J’ai consulté différents sites; ce n’était pas les offres qui manquaient! Je me disais que je me ferais engager rapidement. Ça, c’était avant que je me rende compte que la plupart des employeurs qui disent vouloir embaucher un jeune diplômé cherchent en réalité un candidat détenant l’expérience d’un PDG. Et bien sûr, les entreprises mentionnent offrir un salaire concurrentiel. Yeah, right. Quand tu risques de faire plus d’argent en travaillant dans une chaîne de restauration rapide alors que tu as passé plusieurs années à te démener à l’université, il me semble qu’il y a un problème. Mais bon, j’imagine qu’il faut faire ses preuves. Pour ma part, j’ai été relativement chanceuse et j’ai trouvé un bon poste d’entrée plutôt rapidement.

 

Il s’agissait de mon premier vrai emploi «de bureau». J’avais enfin mes fins de semaine de congé! Alléluia! Par contre, je devais m’adapter à mon nouvel horaire. Je ne suis pas du tout une personne matinale; après 25 ans d’existence, je sais que c’est peine perdue. C’était donc tout un défi de me lever tôt pour être assise devant mon ordinateur à 8 h. D’ailleurs, qui a décidé qu’une journée normale de travail était de 8 h à 17 h? Personne n’est efficace aux mêmes moments. Props aux entreprises qui offrent des horaires flexibles! Perdre beaucoup trop de temps dans le trafic et arriver au bureau en rêvant déjà au moment où tu retrouveras ton lit; bienvenue dans la vie d’adulte!

 

La récréation était bel et bien terminée; ma vie sociale en a pris un coup. Le temps de revenir du bureau et de souper, il était déjà presque rendu 19 h. Si je me couchais tôt pour minimiser les risques de grumpiness le matin suivant, il ne me restait qu’environ trois heures pour faire de l’exercice, regarder Like-moi! et voir des amis. Il ne faut pas oublier la préparation d’un lunch pour le lendemain parce que mon budget ne me permettait pas de dîner au restaurant. Difficile de faire plus adulte que ça! Certaines personnes m’ont même suggéré d’aller au gym le matin pour avoir ma soirée de libre. Wait, what? Qui parvient à se lever aux aurores pour s’entraîner? Si je m’étais rendue au gym avant même de mettre les pieds au bureau, ma grumpy face aurait fait fuir tous mes collègues. Quoique, j’aurais parfois aimé avoir la paix.

 

Le problème avec les collègues, c’est que tu ne les choisis pas. Si tu es chanceuse, tu vas côtoyer des personnes avec qui tu vas établir de belles relations et aimer discuter pendant ton heure de dîner. Par contre, il faut aussi parfois faire preuve de patience dans certaines situations, une qualité que j’ai en ressource limitée. Il y a toujours quelqu’un qui va trouver le moyen de venir te déranger pour te poser des questions auxquelles tu as déjà répondu dans un courriel qu’il n’a visiblement pas pris la peine de lire. Ces personnes-là, c’est exactement celles que tu fuyais à l’université quand venait le temps de former des équipes. En tant que nouvelle adulte, tu te dois d’afficher ton plus beau sourire et d’interagir poliment, même si tu n’en as pas toujours envie.

 

Viennent ensuite les réunions d’équipe en dehors des heures de travail. C’est intéressant de temps à autre de côtoyer ses collègues ailleurs qu’au bureau, mais il ne faut pas exagérer. Je connais très peu de gens qui rêvent de passer leur soirée avec leur patron après avoir répondu à ses mille et une demandes durant la journée. Certaines personnes préfèrent aller s’écraser devant la télévision en mangeant des chips. On passe déjà 40 heures au bureau avec ses collègues, il me semble que c’est suffisant. J’imagine que de n’avoir presque pas de temps pour soi (et je n’ai même pas encore d’enfants, thank God), c’est aussi ça, la vie d’adulte.

 

J’en suis donc venue à la conclusion que je faisais semblant d’aimer ce mode de vie alors que j’étais en réalité une «fausse adulte». Le cadre préétabli du métro-boulot-dodo ne convient pas à tout le monde. La période d’adaptation au marché du travail peut s’avérer ardue et donner l’impression de ne pas être à sa place. Cependant, rien ne dit que tu dois rester confinée dans un emploi qui ne te plaît pas. Il suffit de trouver ce que tu veux réellement, ce qui n’est pas une chose simple, c’est certain. Occuper un emploi pour lequel tu as envie de te lever tôt (et même de passer des soirées avec ton patron) peut sembler inaccessible en début de carrière, mais ne perds pas espoir. Plusieurs vivront comme moi une phase de déni, mais il est possible de trouver sa voie dans cette mer d’adultes endurcis.

 

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