Je t’aime, mais capote pas avec ça!

C’est un dimanche comme les autres. Vous vous faites des crêpes en bobettes dans la cuisine et tu dis quelque chose d’insignifiant. Quelque chose qui le fait rire. Alors tu ris aussi. Puis, vous vous regardez jusque dans le fin fond de vos dedans, et tu la sens. Tu sens cette grosse boule de mots d’amour coincée entre tes poumons et ton épiglotte. Une boule qui fait manquer d’air, mais qui fait sourire en même temps. Tu le regardes et n’as qu’une seule envie; lui mordre un bout de ventre ou de fesse. Tu sens l’envie de lui dire je t’aime, mais tu ne le fais pas. Tu te ressaisis et prends une p’tite croquée de lui à la place.

Il existe une règle non formelle de nos jours qui veut qu’on doive attendre un certain délai raisonnable de rationnement d’amour avant de dire «je t’aime» à quelqu’un. Sinon, on aurait l’air too much et semble-t-il qu’on ne peut surtout pas se permettre de se montrer vulnérable trop tôt dans une relation.

La rumeur court qu’il faut attendre au moins 12 dates avant de le dire. Il faudrait au moins avoir rencontré les parents de l’autre ou bien savoir son 2e prénom et ses trois livres préférés avant de drop the L word. Et surtout, jamais au grand jamais, on ne devrait dire je t’aime pour la première fois pendant ou après l’amour. Ce serait tomber dans le piège d’une fraude émotionnelle orchestrée par nos hormones parait-il.

C’est ironique quand on y pense. Dans un monde où les gens n’ont pas de problème à se faire aller la sexualité avec quelqu’un dont ils ne savent parfois même pas le nom et ce, à la vitesse exponentielle d’un swipe à droite, les mots «je t’aime» se font quant à eux rares et sont considérés comme un dire à utiliser avec extrême précaution et frugalité.

Les gens ont plus de facilité à s’ouvrir les jambes qu’à s’ouvrir le cœur. Pas curieux que les relations d’aujourd’hui réunissent des éternels réticents de l’engagement!

Pourquoi donner tant de poids à trois petits mots pleins de légèreté? Je ne dis pas qu’ils ne sont pas importants, au contraire! Je crois simplement qu’on devrait arrêter de se torturer à essayer de se retenir de le dire parce que «c’est pas ENCORE le temps et anyway je sais même pas c’est quoi le nom de jeune fille de son premier cochon dinde». On devrait se donner le droit d’en dire à la pelletée des «je t’aime», et ça, à chaque fois qu’on ressent l’envie de croquer l’autre. Parce que c’est si beau, si doux. Et ça fait tellement du bien à l’âme et au cœur de dire je t’aime. Et de se le faire dire aussi.

 

Parce que parfois, sans crier gare, les mots se forment dans notre ventre et résonnent si fort, comme s’ils cherchaient à se frayer un chemin par notre gorge, avec l’urgence de sortir au plus vite sur nos lèvres pour apaiser notre cœur en panique.

Juste parce que sa moustache frissonne parfaitement au-dessus de sa lèvre supérieure quand il dort, parce que ses yeux plissent quand il rit et qu’il est dont beau aussi quand il rit. Juste parce qu’il met beaucoup trop de sucre dans son café et qu’il donne des becs dans le dos avant de se coucher.

C’est pas obligé d’être l’homme ou la femme de ta vie à qui tu décides de chanter l’amour. C’est pas obligé de te donner le goût de bondir de nuage en nuage. C’est même pas obligé d’être un «je t’aime» qui donne le goût de mordre non plus.

Parce que dans l’fond, l’amour, c’est une émotion comme une autre. Une émotion qu’on ressent à différents degrés, à propos de différentes choses et envers différentes personnes. Et comme toute autre émotion, on ne devrait jamais avoir honte de la ressentir. On devrait tout simplement se donner le droit de l’extérioriser.

Alors, si tu as la chance d’aimer une personne, l’aimer tellement que tu voudrais la serrer si fort dans tes bras que tu pourrais lui faire mal, va lui dire. L’amour est une chose magnifique qu’on devrait partager sans retenue. N’ayons pas peur de dire «je t’aime» à ceux qui nous rendent meilleurs, ceux qui ont ce petit goût addictif de bonheur.

 

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