Se faire des nouveaux amis à 30 ans, une utopie?

Vous rappelez-vous de cette époque pas si lointaine où du haut de nos trois pieds deux pouces de naïveté et de tâches de jus de fruits au coin de la bouche, nous n’avions qu’à demander à notre camarade de classe «Veux-tu être mon ami?» pour qu’il en soit ainsi. Aujourd’hui, si on veut reproduire ce même comportement, du haut de nos cinq pieds quatre pouces de complexité et de taches café sur la chemise, on risquerait plutôt de se faire répondre «T’es qui toé?». 

La façon de se faire des amis est manifestement différente au fil des âges. À l’école primaire, on a le beau jeu, on est en train de se former, on a tout à découvrir: lire, écrire, compter, comment ne pas recevoir un ballon de basket par la tête, mais surtout à socialiser. Certains y réussissent mieux que d’autres. Certains y réussissent plus souvent que d’autres.

 

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Au secondaire, arrivent les activités parascolaires qui nous font rencontrer d’autres personnes que le gars qui dort à côté de nous dans le cours de géographie ou la fille qui pose toujours mille questions dans le cours de sciences avec qui on n’a absolument aucune affinité. On a ainsi la chance de montrer qui on est ailleurs que derrière un pupitre.

Au cégep, notre domaine d’études va généralement nous amener vers des gens qui nous ressemble davantage et avec qui la connexion ira de soi. C’est la véritable première fois où nous sommes autonomes. On n’a plus à demander la permission pour recevoir des amis ou pour sortir. On découvre, on expérimente, on s’exprime indubitablement pour la première fois.

À l’université, on continue de découvrir le monde. On sait davantage ce qu’on veut, ce qu’on cherche et ce qu’on ne veut surtout pas, tout en restant ouvert aux surprises.

Ces moments scolaires amènent des prétextes de rencontres et d’échanges avec des inconnus qui deviendront des amis. Mais une fois qu’on ne va plus à l’école? Quand la «maudite routine» s’est installée dans nos vies sans qu’on s’en rende compte? Quand l’appel de la nouvelle série Netflix est plus fort que l’attrait du dancefloor? Quand on n’a pas encore d’enfants et qu’on ne peut pas compter sur les parents des amis de nos enfants pour découvrir du nouveau monde? Comment on s’en fait des amis?

 

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De mon côté, c’est arrivé sans que je m’en rende compte.

J’adore assister à des conférences. J’adore la bonne bière. La micro-brasserie à côté de chez moi organise des soirées-conférences, j’habite manifestement à un endroit béni. Un soir que personne ne voulait m’accompagner à une conférence, je m’y suis rendue seule parce que j’avais vraiment envie d’y aller. Le bar était vide. Il faut dire qu’il y avait eu une tempête de neige dans la journée et ça a dû en décourager plusieurs. Je me suis assise à une table et j’ai gossé sur mon téléphone en attendant que la conférence commence. Une fille est arrivée et s’est installée à côté de moi. Mystérieusement, toutes les autres tables avaient une indication «réservée». On a réalisé plus tard que les tables étaient réservées pour ladite conférence.

J’ai eu le réflexe de continuer à défiler mon fil Facebook sans y accorder de véritable importance. Quand j’ai compris qu’elle avait envie de jaser, j’ai fermé mon téléphone. On s’est parlé. Elle était comme moi, passionnée de conférences et abandonnée par ses amis moins férus qu’elle d’en apprendre davantage sur «Le pouvoir féminin dans l’Histoire». On a tranquillement appris à se connaître et à la fin de la soirée, elle est devenue mon amie. En sortant du bar, je vivais une sensation nouvelle: j’avais une nouvelle amie. Pas quelqu’un de mon domaine d’études et de travail, non, une nouvelle personne qui n’avait aucun ami en commun avec moi! C’est ce qui rendait ce début de relation unique! J’ai été sur un nuage pendant une semaine!

Finalement, le secret pour se faire des amis, est-ce que ça serait d’être ouvert aux autres? Aux opportunités? Se montrer curieux et intéressé de la vie des autres? Prendre un break de son téléphone et parler aux inconnus? Dans l’autobus, dans la rue, au café, à la bibliothèque? Ce serait aussi facile que ça?

Je pense que oui.

 

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Melissa Bouchard De Kamouraska à Québec en passant par Montréal... Maître des Arts de la scène, amoureuse, passionnée des mots, de la culture, du vent du fleuve, du café et de mon chat.