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Tu es parti sans me saluer

Il y a certaines situations qui te laissent croire que l’utilisation du conditionnel est la solution la plus simpliste. La perte d’un proche, au sens propre ou figuré, est rarement une réalité facilement acceptable. Ça prend par surprise, la sensation de vol t’a peut-être même bien emporté avec force. Le tout est illusoire lorsque le temps cesse de tourner. C’est le moment idéal pour apprendre à faire des souvenirs quelque chose de constructif qui te poussera à devenir toujours un peu plus fort, un peu plus résilient, un peu plus heureux. 

Du deuil périnatal à la perte d’un ami par l’entremise d’un mal entendu, une perte reste brutale dans le sens où nous devons sans cesse retravailler notre vision relationnelle et temporelle. Peut-être as-tu reçu un appel auquel tu ne t’attendais pas et qui est venu changer pour toujours ta vision, peut-être que la maladie avait tracé son chemin depuis plusieurs années, tout le monde à une histoire bien différente. Bien que la perte ne soit rien d’abstrait, elle reste bien souvent synonyme d’incompréhension et de regret. La contemplation du vide autour de toi est effrayante, il manque un grand pilier dans ta fondation.

 

Pour avoir vécu l’étape des soins palliatifs avec un être cher, la transparence n’est pas toujours de mise lorsqu’il vient le temps d’aborder le sujet du deuil. N’y a-t-il jamais de moment propice à entreprendre une conversation sur un sujet qui ne devrait plus avoir sa place dans la liste des sujets tabous? Je crois que le silence se retrouve dans la peur de l’inconnu, dans cette peur du futur, celui qui n’est pas si lointain. Au-delà de cet effroi, il te reste aussi difficile de voir cet être s’éteindre un peu trop vite. Le temps nous joue bien des tours, ta façon de l’utiliser aussi.

La vie est un cycle qui suit son cours, tu admires la rotation des saisons, mourir pour renaître fait partie de la nature. Cette fois-ci, l’ambiguïté s’acharne à te faire oublier, à mettre cette histoire sur un feu rouge qui n’alternera plus. Tu devras faire la paix avec cette réalité. Je pourrais bien te lancer quelques phrases préconçues comme «tout arrive pour une raison», mais tu dois te construire ta propre idéologie pour t’en sortir. Tu dois accepter l’appel du non-retour, en d’autres mots, être reconnaissant de la richesse que cette personne t’a offerte, plutôt que d’essayer de comprendre comment tu aurais pu avoir quelques moments de plus.

 

Aujourd’hui, je te dirais que le moment idéal n’existe pas vraiment. À leur juste valeur, les souvenirs qui borderont ton esprit pour les prochaines semaines mettront sans doute un baume sur tes blessures. Le timing n’est rien de déterminant, il fait ablation à nos habitudes beaucoup trop prévisibles. La personne tant aimée ne nous laisse jamais tomber. À sa manière, elle laisse un vide dans notre quotidien, mais pas dans notre mémoire. C’est la fragilité de la vie qui nous la rend si précieuse, qui nous permet de vivre tant d’émotions, même si cette fois-ci je n’ai aucun doute sur le fait que tu voudrais t’enfuir le plus loin possible.

Promets-moi de penser à toi, de prendre cette étape douloureuse pour t’arrêter et ne plus tenir pour acquis le pouvoir que tu as d’engendrer ton propre bonheur. Nous sommes responsables de la production de notre propre bonheur en allant le puiser au fonds des plus petites étincelles. Rappelle-toi de ton sourire béat lorsqu’un pas après l’autre était posé sur le sol et dis-toi que ce chemin t’appartient encore tant que tu auras le courage d’y croire. La douleur passera, un nouveau jour se lèvera pour toi.

 

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Eve Bilodeau Ève se passionne pour le bien-être et le végétalisme. Elle sème du positif dans votre quotidien avec un soupçon de poésie et de réalisme.